Contre la pensée unique 
et pour le maintien d’une économie critique

En théorie

Léandre Adam-Cuvillier

Bien qu'une théorie scientifique soit toujours au contact d’une réalité, les théories économiques sont incapables d'expliquer le monde. Toutefois, le fait qu'une théorie économique soit inévitablement réductrice ne l'invalide pas pour autant. Quand elle s'étaye empiriquement sur le long terme, elle nous éclaire sur une partie de la réalité. C'est ainsi qu'une étude des données économiques aux États-Unis, remontant jusqu'en 1929, confirme la théorie de la valeur et celle de la baisse tendancielle du taux de profit (Analyse de Andrew Kliman).

  • Une baisse du profit signifie un ralentissement de l'investissement productif, de la croissance et des revenus. Ce ralentissement, et les politiques pour conjurer la stagnation induite, conduisent à une accumulation de la dette sur le long terme. Les problèmes de rentabilité et d'endettement non résolus et ceux de la dette empêchent le retour de la croissance, même à un taux faible. La sortie de crise passerait par la résolution des problèmes de rentabilité et de dette. Pour Andrew Kliman, le meilleur scénario est probablement une résolution très lente de ces problèmes, sur une longue période de croissance très faible, ponctuée par des crises financières.
En conséquence, notre monde actuel, avec sa logique productiviste, ne pourrait survivre qu'en détruisant massivement la valeur des immobilisations existantes. Nos « vieux » avaient pour habitude d'évoquer une « bonne guerre » pour remettre le train productif sur les rails ! Aujourd'hui, en raison de la financiarisation, ce sont des actifs financiers qu'il faudrait détruire (titres de participation, titres immobilisés, prêts accordés, etc.). 

  • Ne pas confondre avec la destruction de capital que pratiquent les entreprises quand elles rachètent leurs propres actions. L'investissement productif faisant alors défaut, elles sollicitent d'un gouvernement servile des incitations à l'investissement, tout en ridiculisant le peuple contribuable. L'assistanat n'est pas là où les médias le montrent du doigt !
Comme le monétarisme est devenu le mode de pensée dominant des banques centrales du monde, l'autre solution ou complémentaire serait le recours à l’inflation, par un programme d’assouplissement quantitatif (acronyme anglais « QE »). C'est le programme envisagé et appliqué par la BCE (Banque Centrale Européenne), imitant la FED. (Pour les monétaristes comme Friedman et Schwartz, la Grande Dépression des années 1930 aurait été exacerbée par le défaut de la Federal Reserve à créer de la monnaie pour l’injecter dans l’économie) Il participera à la destruction d'actifs tout en résorbant partiellement les dettes nationales. Le QE crée de la monnaie (sous forme de crédit) pour acheter des actifs aux acteurs des marchés financiers. Ces derniers vendent ces actifs et reçoivent en face du cash, donc de la liquidité. À défaut d’un tel programme ou de façon complémentaire, les néolibéraux ( PS, UMP et FN) appliqueront la politique du pélican dans le désert : la chasse à ces mêmes dettes, fussent-elles illégitimes ! 

  • Pour les puristes. Dans une économie donnée, la masse monétaire M et le multiplicateur monétaire V sont directement proportionnels à l’activité économique. La forte hausse de la masse monétaire M par le biais d’un gigantesque QE (assouplissement quantitatif) est totalement inutile quand en même temps le multiplicateur monétaire V est en baisse (théorème le plus connu de Irving Fisher). Comme ce multiplicateur monétaire n’a de sens qu’au niveau mondial, chacun retiendra de ce grand merdier que nous sommes en guerre monétaire ! 

  • Question : Le recours à  un programme d’assouplissement quantitatif  (QE), par la BCE n’est-il pas autre chose que la destruction d'actifs tout en résorbant partiellement les dettes nationales ?
Réponse de Yves BESANCON ( professeur de Sciences Economiques et Sociales  ), en date du 8 janvier 2016 : Que fera la BCE des titres ainsi acquis ? Passer l'éponge discrètement sur une partie de la dette publique, alors que la première mission du QE de sauvegarde des intérêts des créanciers a été accomplie. Ce qu'il ne faut pas ignorer non plus c'est que le remboursement des titres auprès de la BCE impliquera techniquement une destruction monétaire.....Dans tous les cas de figure, de la vraie petite cuisine, alors qu'un certain nombre d'éléments laisse présager une crise financière à un horizon rapproché. 

Dire qu'en économie la machine est folle est donc un doux euphémisme.
Ce cadre conceptuel est important pour comprendre nos "propositions d'application immédiate", plus particulièrement celle de l'ossature d'une allocation de base universelle, associé à une couverture maladie de base (financée par le budget de l’État et non par les mutuelles ou le travail), pour tous les jeunes dès leur majorité et jusqu'à leur premier emploi, qu'ils suivent des études ou recherchent une qualification professionnelle. Cette allocation de base leur garantira un toit, tout en supprimant leur APL (Aide Personnalisée au Logement) et servira d'expérimentation pour une éventuelle application à tous, sous un seuil de conditions de ressources (afin de corriger partiellement les inégalités de situations).

NB : Le revenu universel (mieux allocation de base) ne change rien à la structure économique de notre société, dont le fondement est l'extorsion du profit dans le seul but de l'accumuler. Or, la richesse ne peut se construire que sur les inégalités. Il ne faut pas se tromper de cadre d'analyse : nous vivons toujours une crise historique de la loi de la valeur. Donc, qui croit abolir l'inégalité par le "revenu universel" institue, bien que de noble intention, la "pauvreté universelle" ! Comment apprécier la Valeur ?

Même une proposition sur les 32h doit s'apprécier dans ce cadre, comme le rappelait Daniel BENSAID (de la LCR puis NPA) : " la mesure de toute chose par le temps de travail abstrait est devenue, ainsi que MARX l'annonçait dans les manuscrits de 1857, une mesure "misérable" des rapports sociaux."

Il va de soi que la valeur des marchandises dépend du temps dépensé pour les produire, de la "productivité".

Il va de soi que le partage de la valeur ajoutée dépend de l'intensité du travail, de sa durée hebdomadaire et du pouvoir d'achat des salariés.

La valeur et le taux d'exploitation, que MARX voyait cachés derrière le mouvement apparent de l'économie, s'affichent aujourd'hui, à peine maquillés, sur la voie publique.

D'où vient ce contraste ? De l'absence d'une théorie marxiste du lieu précis entre cette réalité cachée ( la valeur et l'exploitation) et la réalité apparente (le monde enchanté des prix et des revenus). Proudhon avait pressenti cette aporie.

Dans sa « Critique du programme de Gotha »,1875, Marx combattit l’idée qui veut que le Travail soit la seule source de la Valeur. Pour lui, il n’était que l’expression d’une force naturelle, la force de travail. Donc, la Nature est autant que le Travail la source des valeurs d’usage (constituant de fait la richesse) !

La controverse entre Bernard Friot et Anselme Jappe (Après l’économie de marché) est une introduction stimulante à cette question de la valeur. De plus, elle est très pertinente pour ouvrir un débat sur le "revenu universel" que n'a pas manqué de fermer l'anarchiste Denis BAYON.

L’ouvrage incontournable sur ce sujet est celui de André Orléans : «  l’Empire de la Valeur. Refonder l’économie. » En effet, il nous propose, à la suite de Friot et Anselme, une nouvelle façon de penser cette économie de marché... à partir des propres contradictions du système.

Partage et coopération

Léandre Adam-Cuvillier

À ceux qui croient aujourd'hui qu'il n'existe aucun salut hors de l'économie de marché (ils sont légion), l'histoire rappelle que le libéralisme économique est une utopie totalitaire vieille de plus de deux siècles ! Une utopie qui fut expérimentée pour la première fois en France dans la seconde moitié du xviiie siècle sous le regard vigilant des Encyclopédistes. 

Le savoir économique s’est forgé tout au long de l’histoire à travers les différents courants de pensée, mais aussi à partir d’une réflexion sur les situations de pauvreté, d’inégalités, de développement ou de croissance.

Le monde des marchés est un monde d’anticipations, pour lequel il est indispensable de parier sur le futur. Ces anticipations ne sont pas rationnelles (c’est à dire fondées sur une connaissance parfaite du fonctionnement de l’économie) mais mimétiques. « L’incertitude oblige les individus à se copier mutuellement dans leurs choix ».

Dans ce processus grégaire (qui vit en groupe), les individus élaborent des conventions. Une convention est un état de l’opinion, un accord implicite, une coutume, un habitus. C’est ce qui fait la stabilité momentanée du système économique et relève de ce mot magique des hommes politiques : la confiance. La convention fait la confiance, et inversement.

Actuellement, un gouvernement, quel qu'il soit, ne peut agir qu'en repeignant l'entrée de cette République agonisante :

  • - soit il aménage, à moyen terme, toutes les dispositions concernant nos entreprises, afin de favoriser une relance hypothétique par l'offre, quitte à exacerber les inégalités sociales. C'est l'explication du Crédit d'Impôt pour la Compétitivité et l'Emploi (CICE): http://www.economie.gouv.fr/ma-competitivite/quest-que-credit-dimpot-pour-competitivite-et-lemploi. Et son remplacement prochain par une baisse directe des charges des entreprises, plus particulièrement les cotisations familiales ! Pour eux, ce sont les entreprises qui créent de l'emploi.

  • - soit il initie un élan de solidarité par la création de petits boulots dignes, plutôt que le RSA, et le soutien à toutes les initiatives autogérées, plutôt que les cadeaux aux multinationales et l'assistanat du patronat. Du fait de la financiarisation, le profit ne profite qu'aux actionnaires, au détriment de l'investissement productif. Dans le malaise économique actuel, Kliman nous invite à protéger nos emplois, nos revenus et nos maisons. C'est l'économie qui crée les emplois, pas les entreprises.

Cette création d'emplois publics contractuels, d'un an renouvelable, ne fait que pérenniser de la précarité. Elle ne peut être que temporaire, afin de répondre à l'urgence des situations et prendre un bol d'air frais, tout de suite. ! 

Nos politiques actuelles de l'emploi sont principalement quantitatives, et ne se fondent pas suffisamment sur l'analyse des besoins ni sur la qualité des emplois. On a jusqu'à maintenant privilégié une demande solvable, et de façon très inégalitaire (les ménages payant des impôts sur le revenu aux tranches élevées du barème bénéficient d'allègements plus importants). En effet, l'urgence de la situation impose un garde-fou, tant il est vrai que la précarité ne permet que de survivre et entretient un rêve sans avenir. C'est le cas pour les emplois « cache-misère », comme le contrat unique d'insertion (CUI). 

  • A ce type de contrat est liée une obligation de formation, mais 1/3 seulement des chômeurs en ont réellement bénéficié. Si ce contrat ne doit pas servir à pourvoir des besoins continus, la réalité est toute autre. Exemple, Monique et Martine, auxiliaires de vie scolaire ont travaillé 21 mois (2012-2014) auprès d’enfants handicapés (826 € bruts/mois) . En avril dernier, elles ont attaqué le lycée qui les employait pour violation de l’obligation de formation professionnelle.  Ce qui est un comble pour un établissement d’enseignement. Sans oublier l'incurie de Pôle Emploi, pour défaut de validation des acquis de l'expérience ! Servant à pourvoir en CDD des besoins continus, le « cache-misère» du CUI a été « détourné de son objet initial. Ce qui les prive de prétendre à un emploi d'accompagnant d'élèves en situation de handicap (AESH).
La question est relativement simple : faut-il répondre à la logique du profit et de la concurrence (Sarkosy, Hollande, Macron) plutôt qu'à celle du partage et de la coopération ? La deuxième confirme l'inutilité de l'aide sociale pour compenser les bas salaires, car elle incite les entreprises privées à maintenir un à niveau indigne les revenus du travail.

La situation économique de la France se singularise, tout comme aux USA et au Japon, par une baisse tendancielle du taux de profit (attention, la baisse du taux de profit peut signifier en même temps la hausse du profit, car le taux n’est pas la masse). Si le gain de productivité s'annule en tant que variable, les dividendes, comme ceux du CAC40, sont en augmentation croissante. Or, cette augmentation correspond à la régression de la part des salaires et des retraites dans le partage du surplus, c'est-à-dire le bénéfice. De plus, du fait de la financiarisation, le profit ne profite qu'aux actionnaires ! Certainement pas à l'investissement productif.

Promettre des emplois classiques relève de l'hypocrise électorale. Le défis écologique que nous vivons exige de nouveaux modes de consommation et donc de production. Ils nous opposeront au fondamentalistes de l'écologie que sont les aménageurs de la mondialisation par le développement durable !

D'où notre souci premier d'aider toutes les entreprises dont les bénéfices sont partagés (comme les SCOP, ou celles associatives dont l'intérêt est commun) et de refuser l'assistanat aux entreprises spéculant sur les cours de bourse, par le rachat de leurs actions.

Notre choix entre deux modèles économiques n'est pas seulement binaire :
  • - l'actuel qui concentre la richesse dans les mains de quelques uns ;
  • - et celui qui permet de développer l'économie locale et l'emploi.
Une véritable alternative de gauche devrait donc reposer aujourd’hui sur un autre partage du travail et des richesses, en abolissant les privilèges d'une minorité. 


Reclassement Et Chômage

Aujourd'hui, une vie de salarié ne se conçoit plus sans reclassement ni l'éventualité du chômage.

La collectivité forme des salariés pour les entreprises. Ces dernières ont donc une responsabilité collective vis-à-vis de chaque salarié – d’autant plus que l’entreprise est importante. Une concurrence généralisée, la guerre de tous contre tous, est principalement responsable des difficultés des entreprises et des licenciements économiques. Ce n’est donc pas aux salariés d’en subir les conséquences, mais bien au patronat conçu comme une entité collective. Cette responsabilité collective des employeurs existe déjà dans le droit français, avec des dispositifs exclusivement financés par les cotisations patronales, notamment l’AGS(1) et les indemnités liées aux accidents du travail et aux maladies professionnelles. Nous proposons d’étendre cette logique en créant un fonds de mutualisation que nous appellerons Caisse de solidarité du travail, financée exclusivement par les cotisations patronales avec un barème progressif pour que les TPE payent peu et que les grands groupes cotisent beaucoup. Cette caisse de solidarité du travail constitue l’instrument impératif pour protéger les salariés des jeux du marché. Cette caisse assurera la continuité des salaires et des droits sociaux dans les périodes de non-emploi et viendra en soutien aux TPE et PME, que nous libérerons de la dépendance aux grands groupes et aux crédits bancaires privés.

Obligation de reclassement des salariés licenciés, dans l’entreprise ou, le cas échéant, dans ou en dehors de la branche. Ce reclassement obligatoire sera financé par la « caisse de solidarité du travail» et organisé par le service public de la formation lié à Pôle Emploi.

(1) L’AGS L'Association pour la gestion du régime de Garantie des créances des Salariés (AGS) intervient en cas de redressement, de liquidation judiciaire de l'entreprise et de procédure de sauvegarde pour garantir le paiement des sommes dues aux salariés, que l’entreprise elle-même n’est plus en capacité de payer.

  Comment agit l'assouplssement quantitatif (QE)

Boursorama le 22/07/2016

La politique monétaire accommodante de la BCE présente l’avantage indirect, et rarement évoqué, de réduire la fiscalité dans les pays-membres de la zone euro. 

Au lendemain d’annonces sans surprise de la part de la BCE, Bruno Colmant, chef économiste de la Banque Degroof Petercam, revient sur la politique monétaire européenne, et montre que celle-ci permet un allègement indirect de la fiscalité pour les résidents de la zone euro.

Depuis plus d’un an, la Banque centrale européenne (BCE) procède à ce qu’on qualifie pudiquement d’assouplissement quantitatif. Il s’agit, en réalité, de faire tourner la planche à billets afin de susciter une poussée inflationniste destinée à contrarier les forces déflationnistes et récessionnaire qui accablent l’économie.

En clair, la BCE injecte des liquidités pour fluidifier les circuits bancaires et amorcer une reprise économique. Mais ces mesures monétaires constituent l’aveu du caractère insoutenable des dettes publiques. En effet, ce sont essentiellement ces dernières qui servent de gage à la monnaie créée.

Sans le refinancement de la BCE, ce sont ces mêmes dettes, en forte croissance, qui auraient asphyxié l’économie en ponctionnant l’épargne des particuliers et des entreprises (au travers des bilans des banques et des compagnies d’assurances). Désormais, les États ont donc trouvé un créancier complaisant pour leur propre refinancement à un taux nul, voire négatif.

Bien sûr, la BCE ne peut statutairement pas acheter des dettes nouvellement émises par les États : elle doit acquérir ces dernières sur le marché secondaire, c’est-à-dire le marché des dettes acquises et financées préalablement par un agent économique (c’est-à-dire par de l’épargne existante plutôt que par de la monnaie créée ex nihilo). Mais tout informé sait que les dettes publiques ne transitent que quelques heures ou jours dans des bilans de convenance avant d’être réescomptées contre de la monnaie nouvellement émise à Francfort, ville du siège de la BCE. Ces dettes publiques sont donc bien échangées contre un capital monétaire qui n’existait pas.

Singulièrement, ces mesures monétaires ont des conséquences fiscales. Tout d’abord, les taux d’intérêt bas, voire négatifs, imposés par la BCE permettent aux États d’alléger leurs charges d’intérêts sur les dettes publiques, d’autant que ces dettes sont, pour partie, refinancées par la BCE à des conditions qui sont plus favorables que celles qui auraient été exigées par des marchés financiers indépendants.

Indirectement, la BCE soulage donc les finances publiques et la pression fiscale. C’est d’autant plus important que le faible taux de croissance de l’économie pèse négativement sur les revenus professionnels des personnes physiques et sur les bénéfices des entreprises, alors que ces derniers sont les principaux gisements de taxation.

Mais il y a autre chose : la BCE tente de réinsuffler de l’inflation. Cette inflation va se traduire par des prix à la consommation plus élevés, donc à des recettes de TVA plus importantes.

Bien sûr, on argumentera que les salaires étant indexés, l’inflation alourdit les dépenses de l’État, notamment au travers des charges salariales accrues des agents de la fonction publique. On peut néanmoins s’attendre à une stabilisation des dépenses salariales des États qui ont besoin d’une inflation de leurs recettes fiscales tout en contraignant leurs dépenses.

A cet égard, il ne serait pas étonnant qu’une ré-inflation de nos économies s’accompagne de sauts d’index, affectant autant les travailleurs du secteur public que privé. En net, l’inflation serait donc bénéfique aux impôts indirects et entraînerait un glissement, certes modique, de la fiscalité directe vers la fiscalité indirecte.

Bruno Colmant, Chef économiste de la Banque Degroof Petercam.

A qui profite le QE ?

Comme les banques ou les assureurs européens ne souhaitent pas céder leurs titres d’État en portefeuille, la BCE achète des obligations aux Qataris !

Un QE traditionnel, tel que mis en œuvre actuellement par la BCE, ne peut être efficace que sous certaines hypothèses. 

Le soutien à l’investissement est « indirect » soulignent Michel Aglietta (CEPII) et Etienne Espagne (France Stratégie). Il a lieu via une possible ré-allocation des portefeuilles des institutions financières – qui préfèreraient donc avoir en portefeuille des prêts aux entreprises en lieu et place des obligations d’Etat – et la baisse des taux d’intérêt, obtenue mécaniquement à la suite de cet achat massif d’obligations, qui fait monter leurs prix (le rendement d’une obligation est inversement proportionnel à son prix).

Economistes atterrés

Le pacte d'irresponsabilité 
du Medef

En contrepartie d'un geste du gouvernement pour alléger la pression fiscale et réglementaire sur les entreprises, le président du Medef Pierre Gattaz s'est fixé comme objectif la création d'un million d'emplois net en cinq ans. Ainsi naquit le pacte de responsabilité et de solidarité.

Pacte d'irresponsabilité gouvernemental

C'est oublierl'histoire. 

Le 3 juillet 1984, Papa Gattaz avait présenté une étude aux termes de laquelle 471 000 "emplois nouveaux à contraintes allégées" (ENCA) seraient créés si les patrons pouvaient librement licencier leurs nouveaux embauchés. Décidée quelques années plus tard par Philippe SEGUIN, la suppression de l'autorisation administrative de licencier n'a pas fait disparaître un seul chômeur.

Que dit le patron des PME ?

Jean-François ROUBAUD : 

"On crée des emplois lorsque les carnets de commandes augmentent, mais pas parce qu'il y a une baisse des charges. Il n'y a pas de relation de cause à effet directe entre les deux."

Les Echos du 8 janvier 2014

  Baisser les salaires pour créer des emplois

Depuis plus de vingt ans, les baisses de « charges » (et du Smic) sont présentées comme le remède miracle au chômagee, et sont mises en oeuvre sans résultat significatif. Les « chiffres » qui légitiment une telle orientation sont obtenus à partir d’études mobilisant les techniques économétriques les plus sophistiquées permettant de les extraire de la « gangue » des données statistiques : « Ça marche, ça crée des emplois […] On a trouvé ça dans les résultats de l’Insee » déclarait Jean-Paul Raffarin en 2002.

Mais ces études sont fragiles et constituent un véritable bric-à-brac méthodologique ­qu’aucune enquête de terrain n’est venue illustrer. Elles sont pourtant à l’origine d’une chaîne de production qui va des modèles théoriques aux recommandations, en passant par les stratégies d’estimation économétrique. 

  Michel Husson

" Créer des emplois en baissant les salaires "

le PS roule à droite

Une véritable alternative de gauche devrait reposer  sur un autre partage du travail et des richesses, en abolissant les privilèges d'une minorité. 

Michel HUSSON : "Un président ne devrait pas faire ça. Inventaire d’un quinquennat de droite", Fondation Copernic, Syllepse, 2017

Politique de l'Economie

COMMENT RALENTIR ET REORIENTER LE ROULEAU COMPRESSEUR DE L'ÉCONOMIE qui broie les classes sociales les moins favorisées ?

En premier, ne pas être naïfs : l’annonce de mesures destinées à réguler la finance internationale, par nos gouvernants actuels, soi-disant destinées à moraliser ou le capitalisme (comme si c’était possible !), ou à sauver la finance internationale, servent en fait à détourner l’attention des problèmes de fond. Pour relancer l’économie et éviter que tout recommence en plus grave un jour, pour relancer la croissance, après la période de récession, la solution du retour à une forme de politique de la demande sera la seule possible. Ce qui suppose une augmentation significative des bas salaires, des basses retraites, avec à la clé une diminution des marges des grandes entreprises, une baisse conséquente des revenus des actionnaires, et autres mesures de coercition visant à diminuer les investissements et placements spéculatifs de capitaux à l’extérieur. Ceci sans tenir compte du budget qui devrait s’adapter. Que l’intendance suive a dit le Général…

L’Economie est comme un rouleau compresseur, dont elle a la puissance et la lenteur....

Suite

Louis Peretz

Lire son dernier livre : L'Economie humaine, n'est pas un gros mot.

L'objectif de ce livre est de montrer comment la dynamique de la monnaie, a fait progresser la société humaine par un effet circulaire comme le cycliste progresse grâce à la roue qui, elle, avait été inventée encore bien avant. Pour comprendre la macroéconomie, celle de tout pays moderne, il n'est pas besoin de statistiques ni de formules mathématiques abstraites.        

Modèles mathématiques

L'économie comme science et comme politique

L' économie désigne à la fois un objet et son étude scientifique. L'économie, en tant qu'objet, ne nous lâche guère : quand nous n'y peinons pas comme travailleurs, nous en jouissons en tant que consommateurs. En fait, presque tout est à la fois économique et autre chose. C'est dire que l'objet "économie" n'est pas vraiment un objet mais un aspect des choses, une façon de voir le monde, une optique ou un point de vue. C'est le monde perçu et mû par notre désir et notre besoin en général. Ce n'est pas l'aspect le plus beau et le plus intéressant du monde. 

Les choses les plus importantes n'ont pas de prix. L'amour, la dignité, la générosité et l'honneur cessent d'exister s'ils sont achetés et vendus. 

L'économiste connaît le prix de chaque chose et la valeur d'aucune. Mais on ne peut guère se passer de l'économie : il faut bien manger quelque chose et s'asseoir quelque part. En tant que connaissance scientifique, l'économie s'appelle aussi "science économique", parfois "économie", et autrefois "économie politique". Cette discipline est elle-même, dans la vie économique, un secteur contracyclique : la science économique se porte bien quand l'économie va mal (parce que l'on a alors besoin d'elle).

                  KOLM Serge-Christophe