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Education

Priorité à l’instruction

La finalité de l’école n’est pas de former des individus adaptés à un état de la société, ni de répondre à des demandes socio-politiques qui la renvoient à son extérieur, mais de donner à chacun les moyens de son autonomie et de la culture de ses talents.

On abandonnera les critères comportementaux ou adaptatifs (« compétences » et « projets »). Priorité sera donnée à l’instruction par des programmes nationaux disciplinaires. On s’interrogera à cet effet sur ce qui est libérateur à long terme et sur la progressivité de l’acquisition.


Les enseignants seront libres de leurs méthodes, dans le respect des droits d’autrui. On les recrutera sur concours nationaux appréciant le degré de maîtrise des savoirs qu’ils enseignent. Leur formation pratique sera principalement assurée dans des classes auprès de professeurs chevronnés.


On rétablira dans chaque établissement le calme et la sécurité nécessaires à l’étude.

On proposera en plus des cours un soutien des études encadré par un personnel qualifié, en insistant sur les zones où fleurissent actuellement des « ghettos scolaires ».

En fait, je pense que ces mesures sont opportunes, que le gouvernement soit ou non d’union nationale !

Interview Catherine Kintzler dans Marianne n°972 :

mezetulle.fr/priorite-a-linstruction

uituite

L'être humain est-il grégaire ?

L'Homme, en quête de son identité, tant qu'il n'a pas compris que cette identité est sa propre création, dans la mesure où elle est consciente et librement choisie, cherche au contraire un modèle qui lui serve de définition, "des racines", "des semblables", et il cherche à s'y conformer.  

Etre "comme tout le monde", ou "comme son père", ou "comme les Bretons", ou "comme les Français", ou "comme ceux de sa race", devient un devoir sacré. 

C'est un devoir de conformité et de fidélité qui aboutit :
 - à un conditionnement de la personne
 - à un abandon de responsabilité personnelle
 - à un système de référence des valeurs dans lequel il n'y a pas de valeur hors du groupe des "semblables".

Ce phénomène d'identification peut aboutir à des comportements très étonnants et blâmables aux yeux d'un observateur extérieur au groupe. 


Georges-Henri Clopeau

                                                                                                                                                                                       Lire en entier

Inflation des diplômes

Sur la soi-disant " société de la connaissance ":

" Bien que cette tendance à l'inflation des diplômes repose sur des prémisses erronées — l'idée que plus d'éducation engendrera plus d'égalité d'opportunités, plus de performances économiques à forte valeur technologique ajoutée et plus d'emplois de qualité —, elle offre toutefois un semblant de solution au chômage technologique de la classe moyenne. L'inflation des diplômes contribue à absorber la main-d'oeuvre excédentaire en soustrayant un nombre croissant d'individus à la population active. En outre, lorsque la formation de cette masse d'étudiants est de fait subventionnée, soit directement, soit indirectement en vertu du coût peu élevé des crédits qui leur sont accordés (et qui ne seront sans doute jamais remboursés), on peut considérer qu'il s'agit d'une forme de transferts sociaux masqués. Dans les pays où l'État-providence est idéologiquement impopulaire, le mythe de l'éducation universelle alimente de fait un État-providence clandestin. Ajoutons à cela les millions d'enseignants du primaire, du secondaire et du supérieur, plus le personnel administratif, et on peut aller jusqu'à dire que c'est le keynésianisme caché encouragé par l'inflation éducative qui maintient pratiquement l'économie capitaliste à flot.

Aussi longtemps que le système éducatif continuera à être financé d'une manière ou d'une autre, il fonctionnera en effet comme une forme de keynésianisme masqué, une espèce de substitut de stimulus économique. Cette politique sociale qui ne dit pas son nom est un peu l'équivalent des programmes du New Deal qui mettaient les chômeurs au travail en leur faisant exécuter des peintures murales dans les bureaux de poste ou participer à des campagnes de reforestation. Si l'expansion de l'éducation est pratiquement la seule forme légitime et acceptée de politique économique de type keynésien, c'est justement parce qu'elle n'est pas ouvertement reconnue comme telle. Elle avance sous la bannière de la méritocratie et de la technologie de pointe : c'est le progrès technique qui est censé exiger une main-d'oeuvre toujours plus instruite. Il y a un élément de vérité dans cette idée, sauf qu'elle interprète le processus réel à l'envers : c'est en fait le chômage technologique qui fait de l'école un lieu de refuge pour tous ceux qui fuient un marché du travail toujours plus exigu, bien que personne ne veuille le reconnaître. Mais peu importe : tant que le nombre de victimes du chômage sera compensé par le nombre d'étudiants, le système pourra survivre.

Le problème, c'est comment financer tout cela. Il y a essentiellement deux façons de payer une formation scolaire (à tous les niveaux, primaire, secondaire, supérieur, et quel que soit le nombre de niveaux qui viennent éventuellement s'y ajouter) : soit l'éducation est subventionnée par l'État, soit elle est un bien marchand acheté de façon privée

En période de récession et de crise budgétaire de l'État, ces deux modalités sont remises en question. À partir de 2010 environ, aux États-Unis comme dans de nombreux autres pays, le financement du système d'enseignement a atteint une telle proportion du budget public (en particulier au niveau local) que les autorités ont été incitées à tailler dans les dépenses d'éducation. Au Chili, par exemple, où 50 % des jeunes sont désormais inscrits à l'université, on assiste à une lutte entre, d'une part, les syndicats étudiants qui exigent la gratuité des études universitaires et, de l'autre, les gestionnaires et les conservateurs fiscaux qui sont favorables à une privatisation croissante de l'enseignement supérieur. On a connu une agitation similaire dans le milieu étudiant en France et dans d'autres pays. Aux États-Unis, où l'enseignement supérieur est financé en grande partie (et de plus en plus) par les étudiants eux-mêmes et leurs familles, on s'inquiète beaucoup du montant de la dette étudiante, qui se chiffrait en 2011 à près de 10 % du PIB. Si l'on extrapole sur vingt ans l'évolution possible du nombre des jeunes qui préfèrent prolonger leurs études pour essayer d'échapper à la pénurie d'emplois et celle du volume de l'endettement des étudiants, on peut anticiper le coût de plus en plus insupportable du chômage technologique et de l'inflation des diplômes pour le système dans son ensemble. Que se passera-t-il le jour où la dette étudiante atteindra 50 % du PIB, voire 100 % ?

L'éducation représente un coût majeur pour l'État, ce qui tend à limiter son expansion future. Sa cherté croissante augmente les pressions en faveur de sa privatisation, laquelle fait porter le fardeau du financement aux étudiants eux-mêmes ou à leurs parents. Mais cette dernière évolution est elle aussi confrontée à une limite en raison des difficultés économiques croissantes de la classe moyenne. En 2012, aux États-Unis, on a commencé à voir sortir des reportages sur les types de diplômes qui ne valent pas le coût de leur acquisition vu les emplois auxquels ils permettent d'accéder. Au niveau individuel, la solution pourrait bien sûr consister tout simplement à abandonner la compétition scolaire, mais le choix le plus populaire chez les jeunes est de s'orienter vers des formations professionnelles pointues. On a vu un essor des écoles spécialisées dans des domaines tels que la création vestimentaire, la programmation informatique, la gestion, etc. Pourtant, même ces formes de spécialisation n'échappent pas à la dynamique d'inflation des titres, et l'on peut prévoir une concurrence accrue au sein de ces secteurs et une multiplication des diplômes professionnels. Un indicateur de cette tendance est la polémique suscitée tant dans la sphère politique qu'auprès des organismes d'accréditation et de régulation par le faible taux de réussite et d'accès à l'emploi de ces étudiants en formation professionnelle, avec comme résultat le refus de leur accorder des prêts publics. L'inflation des diplômes est donc devenue un problème explicite.

Encore une fois, d'aucuns voient la solution du côté des technologies de l'information. On assiste à un engouement massif pour les cours universitaires en ligne, qui permettent de réaliser d'importantes économies d'échelle. Certains sont payants, mais ils coûtent beaucoup moins cher que les droits de scolarité dans des établissements « réels ». D'autres sont généreusement offerts au public à titre gratuit. Mais aucune de ces deux méthodes ne saurait endiguer l'inflation des diplômes, bien au contraire, puisqu'elles mettent encore plus de diplômés sur le marché du travail. Certes, on prétend désormais que les nouveaux types de titres sont distincts des diplômes universitaires et qu'en ce sens ils ne sont pas directement en concurrence avec eux. Cela reste à voir. Ce qui est en train de se passer en réalité, c'est plutôt la mise en circulation d'une nouvelle forme de monnaie éducative de faible valeur, parallèlement à la monnaie traditionnelle, plus appréciée. S'il en va des monnaies éducatives comme de l'argent classique, la loi de Gresham devrait s'appliquer et la mauvaise monnaie devrait chasser la bonne. Mais, en sociologie économique, comme nous le savons grâce aux travaux de Viviana Zelizer et Harrison White, des objets économiques de valeur supérieure peuvent circuler sur des marchés séparés parallèlement aux objets de moindre valeur ; on pourrait donc avoir aussi deux circuits de production de diplômes.

Le dilemme est le suivant : les efforts visant à abaisser le coût de l'éducation ont pour effet de réduire l'emploi dans le secteur de l'enseignement ; si une poignée d'universités reconnues monopolisent l'offre d'éducation grâce aux services en ligne, et si un petit nombre de professeurs peuvent répondre à eux seuls à la majorité des besoins des étudiants grâce aux outils informatiques, alors c'est un nouveau secteur de l'économie qui est affecté par le chômage technologique. On obtient le même résultat que dans le cas des révoltes fiscales à l'ancienne : une réduction à court terme de la charge fiscale de la population a pour effet en retour la diminution des emplois disponibles pour cette même population.

Entre ces cinq façons d'échapper à la crise capitaliste, je considère que l'inflation des diplômes est la plus plausible. Certes, l'expansion du système éducatif sous l'effet de l'inflation des diplômes ne peut manquer de provoquer une crise au sein de ce système, mais il ne s'agit pas nécessairement d'une crise finale. On peut imaginer une série de plateaux, une alternance de blocages et de relances à mesure que notre religion laïque du salut par l'éducation traverse des phases successives de ferveur et de désillusion. Mais un soutien croissant de l'État au complexe éducatif reviendrait à faire du socialisme sous couvert d'éducation. On peut concevoir que des gouvernements progressistes réussissent à maintenir un rythme accru d'expansion des systèmes d'enseignement et qu'ils s'en servent comme d'une espèce de soupape de sécurité keynésienne, une forme de prélèvement sur les ressources des capitalistes et de la masse décroissante des salariés au profit des chômeurs. Mais, pour que ce type de gouvernement accède au pouvoir, il faudra que les maux du capitalisme aient engendré un niveau de désenchantement quasi révolutionnaire." 

Randall Collins,, in le livre collectif   " Le capitalisme a-t-il un avenir ? n"  (pp. 90-95)

Plus...

Les sandales d'Empédocle

L'éducation et l'enseignement ne peuvent se définir ni par la seule fonction critique, ni comme la seule fomentation de la créativité, et doivent commencer par transmettre simplement une tradition. Descartes s'en plaignait, déplorant qu'on doive être enfant avant que d'être homme , mais il conseillait aussi à des amis d'envoyer leurs fils à Laflèche, en vantant la qualité de l'instruction qu'il y avait reçue, La ruche à cadre augmente le rendement en dispensant les travailleuses de toujours recommencer la cimentation de tout le réseau de cire. Le temps gagné sur la construction des alvéoles est consacré à la production du miel. Or « le miel est seul nutritif : la fin de toute l'opération » Ainsi, nous n'avons pas chacun à recommencer l'invention de notre humanité, mais toute cette cire ne sert à rien si nous n'arrivons pas à y mettre notre miel.

2,5 millions jeunes
 à la fac

" La production et la reproduction du travail intellectuel sont essentiellement dévolues aux grandes écoles. Quant à l'université, elle est désormais, pour une grande part, vouée à l'accueil de populations jeunes en déshérence, sans véritables débouchés professionnels. Cela procéde d'un calcul politique très cynique : diminuer les statistiques du chômage et paraître "démocratique"."

Dany-Robert DUFOUR, in "La situation désespérée du présent me remplit d'espoir".

Non, l’école n’augmente 
pas les inégalités

Même si elle privilégie largement les enfants de diplômés, l’école française n’augmente pas les inégalités et n’est pas la plus inégalitaire au monde. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. Article extrait du magazine Alternatives Economiques.

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